Bientôt le résumé de notre seconde aventure...

Eduardo
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Histoire de notre première adoption

 

Dans la même journée, nous apprenions son prénom : Estefânia, des précisions sur son histoire, sa vie à la maison pour enfants, sur sa santé et sur sa personnalité.
Nous apprenions aussi qu’il était souhaitable que nous partions dans trois semaines !
Nous étions un peu affolés c’est vrai mais surtout ravi de pouvoir la rejoindre si rapidement.
Comme nous avions choisi de préparer notre projet d’adoption avec un OAA, en l’occurrence MdM, nous avons chacun assumé notre part de préparatif :
- À MdM les aspects séjours, voyage, documents officiels
- Aux futurs parents la préparation de la maison, les valises, l’habillement été et hiver (notre retour était prévu mi-Novembre) pour notre petite fille, l’organisation de notre absence, les congés avec les employeurs mais surtout, mais surtout, du temps pour rêver et se réjouir sur fond de petites angoisses.
Estefânia de son côté a appris qu’elle allait avoir de nouveaux parents environ 10 jours avant notre arrivée et y a été activement préparé par la psychologue de l’institution avec l’aide des photos extraites de notre dossier.
Dès qu’elle a été avertie, nous lui avons écrit une lettre pour l’assurer de notre amour.
Trois semaines plus tard, nous voilà parti vers le Brésil et l’aventure d’une vie nouvelle.
Le lendemain de notre arrivée au Brésil, nous partions à la rencontre d’Estefânia, l’autorisation de garde provisoire à la main.
À la maison des enfants, nous franchissons plusieurs portes en proie à des dizaines de questions. Une porte de plus s’ouvre sur un bureau.
Une petite fille accourt vers moi en m’appelant maman et en me serrant avec une force impressionnante. Elle se tourne aussi vers Franck qu’elle appelle aussitôt papa.
À cette seconde exactement, les questions se taisent enfin et une seule chose est certaine : nous l’aimerons, nous nous adopterons !
Et nous voici responsable de cette petite puce que nous ne connaissons pas et qui a le courage incroyable de nous suivre.
L’état brésilien du Pernambouco (état du Nordeste – capitale = Recife) prévoit une garde provisoire de 1 mois et demi au terme desquels sera prononcé l’alvara qui est le jugement d’adoption.
Même si c’est difficile et onéreux de partir si longtemps au bout du monde, c’est une expérience merveilleuse de découvrir le pays de son enfant, de le vivre tout simplement.
Difficile de décrire le bonheur de se connaître chaque jour un peu plus, de sentir les liens se tisser et la confiance s’installer.Difficile aussi de décrire les incertitudes, les crises, les dérapages …
Le quotidien entre des parents grands débutants et une petite fille de 6 ans et demi passe en effet par beaucoup d’éclats de rires mais aussi par quelques larmes.
Les premiers temps, elle avait tellement peur de nous, qu’elle essayait d’être une petite fille sans aucun défaut, toujours souriante et obéissante. Heureusement, passé quelques jours, la confiance s’installa et elle s’autorisa enfin à être naturel et à faire quelques bêtises.


Enfin, quant elle fut à peu près rassurée, elle commença à nous faire subir toute une batterie de tests afin de vérifier qu’elle pouvait réellement compter sur nous : Elle bouda des journées entières, se roula par terre de préférence en public, en somme, tout ce qu’un enfant est capable de faire pour mettre la patience d’adultes à rude épreuve.
Lorsque nous attendions de devenir parents, nous avions passé pas mal de temps à nous « préparer » Pour moi, il s’agissait surtout de lectures : du guide pour futurs parents adoptifs aux essais en passant par des romans ou des articles d’EFA.


Pour Franck, cela passait plutôt par des documentaires télévisés et surtout par des rencontres avec des familles qui avaient vécu l’aventure de l’adoption.
Pour chacun de nous, cette « préparation était une façon d’appréhender les spécificités de ce mode de filiation, de baser nos réflexions sur du concret et non sur les idées reçues (très nombreuses sur ce sujet).
Nous avions apporté également beaucoup d’importance à l’apprentissage du Portugais du brésil. Le visionnage des documentaires nous avait convaincu d’une chose : c’est qu’il était impensable que nous allions vers notre enfant sans pouvoir comprendre ses premiers mots à notre égard et sans pouvoir communiquer.
Tout cela pour vous dire que cela nous a si bien guidé que nous gardons de ces premiers moments, qui peuvent parfois être déstabilisant, un sentiment de bonheur et de sécurité.
Au fil des jours, nous lui racontions la France, la famille, la maison, notre histoire. Elle nous racontait sa vie déjà riche d’aventures : sa première maman, les amis, l’orphelinat.


Nous lui apprenions quelques mots de Français et elle s’appliquait à perfectionner notre Portugais du Brésil.
Nous avions décidé Franck et moi de quelques principes de base (guidé par l’expérience des familles que nous avions rencontrées ou par nos lectures)
Règle numéro 1 : ne pas se mettre en difficulté. 2 : Procédé priorité par priorité : il est normal d’avoir des principes éducatifs mais très prématurés de vouloir les mettre tous en pratique dès les premiers jours. Personnellement, nous avons mis près d’un an à mettre cela en place.
3 :Parler le plus possible pour éviter les malentendus et exprimer le mieux possible nos sentiments, expliquer le futur, les démarches, nos choix.


Après 7 semaines, le jugement d’adoption fut prononcé et les formalités administratives terminées. Il était temps de prendre l’avion direction la France.
Après 30 heures de voyage, nous sommes enfin arrivés à la maison où nous attendez ma maman. L’ambiance était douce et intime, tout à fait propice à ce moment de découverte
Aujourd’hui voilà 1 an que nous cohabitons. Nous formons désormais réellement une famille.
Les premiers temps furent tout de même difficiles, marqués par la fatigue et pour Estefânia par un certain dépaysement. Le soleil nous aurait franchement revigoré, mais il fallait se contentait d’un épais brouillard et de quelques degrés Celsius !
Nous avions tous les trois le sentiment d’un changement radical. Nous n’étions plus dans l’ambiance vacances du Brésil mais dans la vie de tous les jours d’une petite famille. Et pour cela nous nous sentions comme des apprentis ! Tout était à apprendre : la place de chacun, les rythmes de vie…


Estefânia expérimentait la vie en milieu rural et tempéré, elle réalisait qu’ici tout le monde parle français et a la peau rose et surtout elle commençait à comprendre ce qu’allait être sa nouvelle vie avec un papa et une maman.


Nous avons souhaité avancé doucement au rythme de nos progrès relationnels. Au départ nous n’avons jamais voyagé mais plutôt accueilli petit à petit à la maison les membres de notre famille élargie, nous nous sommes donné des objectifs d’éducation très modestes et progressifs.
Souvent on nous demande avec inquiétude comment va notre fille et surtout on s’inquiète de savoir si elle s’est bien intégrée. À nos réponses qui acquiescent, certains cachent mal leur surprise et les plus déçus ne peuvent se retenir de lâcher un gentil : « C’est à l’adolescence que vous allez avoir des problèmes ! »


Nous allons tous les trois fort bien et nous nous sommes bien adopté les uns les autres ce qui pour nous est l’essentiel. Cela dit, Estefânia va très bien, parle couramment le Français, se plaît à l’école, a des amis, fait des bêtises et des caprices comme tous les enfants de son âge.
Elle n’a pas oublié pour autant son histoire, le Brésil, les amis qu’elle y a laissé et c’est tout cela qui la fait telle qu’elle est et telle que nous l’aimons.